Salem en France : Chasses aux sorcières à double sens | FR

Salem 1692 – Un village sous l’emprise de la peur

Le sifflement de la peur qui se répète à travers l’histoire.

De Salem en 1692 à nos débats actuels, les sociétés remplacent souvent les preuves par des soupçons, et les personnes par des étiquettes. Quand la peur domine, nous risquons de transformer la démocratie elle-même en terrain de chasse.

Mon essai récent explore ce « double sens de la chasse aux sorcières » — où des camps opposés se reflètent l’un dans l’autre, chacun convaincu de protéger la société, tandis que le centre fragile s’embrase.

La leçon ? La force de la démocratie ne réside pas dans l’art de mieux chasser, mais dans le courage de refuser la chasse.

1692, Salem, Massachusetts.

Un petit village puritain.
Quelques jeunes filles souffrent de crises. Elles affirment : « Des sorcières nous ont ensorcelées. »

La communauté sombre dans la panique.

· Plus de 200 personnes sont accusées.
· Les voisins soupçonnent leurs voisins.
· Les rêves et les visions sont considérés comme des preuves.
· 19 personnes sont exécutées, une est torturée à mort.

Quelques mois plus tard, on comprend : il n’y avait jamais eu de preuves. Mais il est trop tard. La confiance est brisée. Les familles sont détruites. Le tissu social déchiré.

Salem nous montre : nous n’avons pas besoin de vraies sorcières pour nous détruire mutuellement. Il suffit de la peur que le danger vive au milieu de nous.

Le « présent élargi »

Le « présent élargi » est un moment où passé et futur s’écrasent dans le présent.

· Peurs du passé : perte de contrôle, trahison, catastrophes.
· Craintes de l’avenir : perte d’identité, infiltration, effondrement.
· Présent condensé : le soupçon remplace les preuves. Les étiquettes remplacent la réalité.

Ainsi Salem devient un modèle éternel : un schéma qui se répète dans les sociétés, dès que la peur devient le sentiment dominant.

Variante salemienne de l’extrême droite :

« Remettre la France en ordre, rendre la France aux Français »

Soudain, des millions de personnes issues de l’immigration sont soupçonnées de ne pas appartenir au pays.

Langue, vêtements, religion – tout devient indice.

· Paradoxe de loyauté : pour appartenir, il faut se distancier des « étrangers ».
· Étiquetage : « inassimilable » devient un tampon qui réduit les individus à une seule catégorie.
· Compression temporelle : crise des réfugiés + peur future du « grand remplacement » = menace immédiate.

Le résultat ? Une chasse fantôme. Elle blesse plus que ne le ferait jamais le danger invoqué.

Variante salemienne de la rue : l’étiquette « extrémisme de droite »

« Pas de fachos dans nos quartiers, pas de quartier pour les fachos ! »

Un camp politique entier tombe sous le soupçon. Membres, électeurs, sympathisants.

· Paradoxe de loyauté : qui veut être démocrate doit se démarquer clairement.
· Étiquetage : « extrémiste de droite » devient une étiquette globale qui efface les nuances.
· Compression temporelle : souvenir du national-socialisme + peur d’un coup de force autoritaire = urgence immédiate d’agir.

Ici aussi, les dégâts apparaissent : les différenciations disparaissent, le dialogue se rétrécit, le RN se met en scène comme victime.

Un trafic à double sens

La droite dit : « Nous protégeons la France des étrangers. »

Les anti-lepénistes disent : « Nous protégeons la démocratie des extrémistes. »

Mais les deux utilisent les mêmes instruments : Peur. Étiquetage. Exclusion.

Il naît ainsi un trafic à double sens de chasses aux sorcières. Les adversaires se reflètent l’un dans l’autre. Chacun pousse l’autre camp dans le soupçon.

Et le centre ? Il se consume.

Leçon pour la démocratie

Le plus grand danger ne réside pas dans une orientation politique particulière.

Il se trouve dans la psychologie de la chasse elle-même.

· Les ennemis fantômes apparaissent dès que les étiquettes deviennent plus importantes que les personnes.
· L’auto-renforcement survient lorsque la riposte d’un camp confirme le rôle de victime de l’autre.
· Le centre disparaît quand doute, nuance et dialogue s’effacent.

L’art de la démocratie ne consiste pas à devenir de meilleurs chasseurs.

Mais à refuser de chasser.

Pensée finale

Salem ne vit pas dans les sorcières, mais dans notre disponibilité à la chasse.

Si nous reconnaissons le trafic à double sens des chasses aux sorcières actuelles, nous gagnons une chance :

Briser le schéma. Non pas en cherchant des ennemis. Mais en protégeant le fragile tissu de la confiance.

Salem s’arrête là où nous trouvons le courage de ne plus suivre le mouvement.

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Robert F. Tjón
Septembre 2025

Ce texte a d’abord été publié sur Substack. Je le republie ici volontairement — non comme une répétition, mais comme une trace ; un lieu où les mots peuvent reposer après leur premier envol. Chaque entrée dans ce journal fait partie d’une réflexion continue sur la mémoire, la conscience et le lien.   👉🏻 rftjon.substack.com

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Robert F. Tjón

I write from lived experience toward systemic understanding. What began as cultural and philosophical reflection has expanded into interpreting the forces shaping our time—technology, power, economics, and geopolitics—without abandoning attention to ritual, memory, and human meaning. This is a space for readers who seek clarity without slogans, depth without nostalgia, and ethical seriousness without moralism. For further context or contact, visit: 🌐 rftjon.substack.com and roberttjon.wordpress.com Essays under the Creative Commons CC BY-NC-ND 4.0 International license https://creativecommons.org/licenses/by-nc-nd/4.0/

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